(Cabinet.) - Election des députés au Corps législatif. Nancy, le 19 juin 1857.
LE PRÉFET DE LA MEURTHE, Officier de l'ordre Impérial de
la Légion d'honneur,
A MM. les Maires du département.
MESSIEURS,
Je reçois à l'instant de S. Exc. le Ministre de l'intérieur
la circulaire ci-après, que je m'empresse de vous adresser et que je vous
prie de faire afficher immédiatement.
Je ne laisserai pas partir ce document sans y ajouter
quelques réflexions; je les livre à vos méditations et à celles des électeurs
de votre commune.
L'administration avait lieu de penser qu'aucune candidature
ne viendrait se placer en face de celles de MM. DROUOT, BUQUET et VIARD, car,
dans ses choix, elle n'avait pas consulté seulement la capacité et le dévouement
le plus sincère : elle avait tenu compte aussi de la popularité, de
l'estime et de la confiance dont ces hommes honorables jouissent auprès de
leurs concitoyens.
Elle se trompait : tout l'effort des partis hostiles ne se
porte pas sur la capitale de l'Empire. Les démocrates ont voulu se compter dans
le département; et, comme ceux qui se cachent dans l'ombre n'osaient produire
au grand jour une candidature locale qui serait tombée sous le ridicule, ils se
sont adressés à Paris, ils ont réclamé, des chefs ostensibles du républicanisme
et du socialisme, - un nom qui fût à la fois une menace et la personnification
d'une idée.
Cette idée, l'application en a été faite et n'a point réussi.
La France a rendu contre elle un triple verdict de condamnation.
Mais il paraît que si la démagogie a été vaincue, elle
n'a pas été découragée.
Elle voudrait donc redonner signe de vie : et la Presse
annonçait à Paris dimanche soir, et à toute la France dès lundi matin, que
la candidature du général Cavaignac allait être PROPOSÉE dans les trois
circonscriptions de la Meurthe. Il a fallu l'évidence bien constatée de la déclaration
faite au Parquet de M. le Procureur Impérial pour que je fusse convaincu de la
véracité de cette nouvelle.
Voici donc une candidature qui nous vient de la capitale :
elle est le fruit de cette monstrueuse coalition qui s'est opérée entre la
Presse, le Siècle et le Journal des Débats, entre les vainqueurs et les
vaincus du 24 février.
Dans la Meurthe, elle est particulièrement patronnée par
des hommes incorrigibles, que la clémence de l'Empereur n'a pas rendus à de
meilleurs sentiments.
A Paris, le général Cavaignac est porté aujourd'hui par
ceux-là mêmes qu'il mitraillait en 1848, au nom de l'ordre public; il est
soutenu par les organes de la presse qu'il bâillonnait alors, au nom de la
liberté !...
N'est-il pas triste de voir le vainqueur de l'insurrection
de juin courir des candidatures impossibles dans les départements, après s'être
placé dans la capitale côte à côte avec un fervent disciple du socialisme
absolu?
N'est-il pas étrange de voir l'homme qui personnifie en
lui le régime républicain, solliciter les suffrages d'un pays qui a eu
horreur de la république ?
Dites donc, Messieurs, aux habitants des campagnes, aux
ouvriers des villes, que le général Cavaignac est complètement étranger à
notre département, à nos voeux comme à nos besoins : demander s'il pourrait
être leur représentant, ce serait faire injure à leur bon sens. Si, par
impossible, il était élu, soit à Paris, soit à Douai, soit à Lorient, soit
à Nancy, il ne prêterait pas serment à la Constitution, car il mentirait à
ses principes. Nous sommes donc en présence d'une intrigue de partis ; ceux-là
n'en seront pas victimes qui ont fondé l'Empire et qui ont sacré l'Empereur
par la libre expression de leur volonté.
Ouvriers, cultivateurs, industriels, propriétaires, je
m'adresse à tous, car le libre exercice du droit de vote est pour tous un
devoir. Il ne s'agit plus seulement de donner un éclatant témoignage de gratitude
aux députés qui ont défendu vos intérêts, qui les défendront encore; il
s'agit de prouver que vous n'avez abdiqué ni votre titre, ni vos droits de
citoyens : vous répondrez avec ensemble à mon appel et vous montrerez que le
patriotisme n'a pas dégénéré en Lorraine, et qu'après avoir remis â Napoléon
III les destinées de la Patrie, vous savez apprécier tout ce que sa haute
sagesse fait pour notre gloire et notre prospérité.
Au mot d'ordre des démagogues, qui est anarchie et désordre,
vous substituerez le vôtre, calme et sécurité : et par l'unanimité de vos
suffrages pour les candidats de I'Empereur, vous montrerez que les révolutionnaires
doivent renoncer pour toujours à dominer la France.
Recevez, Monsieur le Maire, l'assurance de ma considération
très-distinguée.
Le Préfet de la Meurthe,
Albert LENGLE.
Cabinet du Ministre de l'intérieur.
Paris, le 19 juin 1857.
MONSIEUR LE PRÉFET,
Il ne suffit pas que le suffrage universel soit libre, il faut aussi
qu'il soit éclairé. La loi, en accordant aux candidats, pendant les vingt jours qui précèdent le scrutin, des facilités
exceptionnelles pour se produire et s'expliquer en liberté, a voulu que le pays
pût ainsi se décider avec connaissance de cause. Nous touchons au terme de cette période
d'instruction et de débats. L'administration a scrupuleusement veillé au maintien des
franchises de tous : quelques-uns ont tenté d'en abuser, et, sous prétexte de colportage des bulletins,
ont voulu raviver, dans les masses, le levain des vieilles passions démagogiques. Le
Gouvernement qui, s'il le fallait, saurait bien montrer qu'il n'a rien perdu de
sa force ni de son énergique volonté pour le maintien de la paix publique, a
laissé passer ces impuissantes folies. Il n a pas voulu donner le prétexte,
même le plus léger, à la mauvaise foi pour calomnier la liberté que nos lois
assurent à la lutte électorale. Candidats, journalistes, instigateurs ou
propagateurs de candidatures, tous ont écrit et agi librement. C'est maintenant
au pays de se recueillir et d'émettre son vote. Tout le monde lui a dit son
avis : le Gouvernement lui doit le sien, et vous charge, Monsieur le Préfet, de
le faire bien connaître dans toutes vos communes.
Au milieu de ce grand
apaisement des esprits, produit et maintenu par la vigueur du Pouvoir impérial,
par la confiance absolue que le Peuple a dans l'Empereur; en présence de la
mesure générale qui proposait, pour la réélection, tous les députés dont
le loyal concours à la chose publique offrait dans le passé la garantie de
l'avenir, il semblait, qu?à part quelques prétentions individuelles sans
portée politique, aucun dissentiment grave n'agiterait le scrutin. Mais un
petit nombre d'hommes se posant exclusivement comme démocrates en face d'un
Gouvernement assis sur la base la plus démocratique qui ait jamais existé, a
jugé à propos d'engager la lutte. S'abritant sous une formule de libéralisme
assez vague pour que son élasticité les sauvât des dangers de leurs propres
dissidences, ils ont tenté de suppléer au nombre par l'activité, et fait des
efforts inouïs pour susciter partout des candidats opposants. Mais quel est
donc le vrai but de cette opposition? Il faut que le pays le sache; il faut,
Monsieur le Préfet, que vous le fassiez bien comprendre aux populations.
La plupart des candidats que l'on a fait surgir,
professaient autrefois les idées républicaines ou socialistes, et certes,
aucun d'eux ne déclarerait aujourd'hui qu'il les a répudiées. Que veulent-ils
donc? Présenter de nouveau la question de la république an suffrage universel
qui l'a trois fois solennellement condamnée? Cela n'est pas sérieux. Prêter
serment à l'Empire, et, se soumettant à la Constitution, remplir loyalement le
mandat de député ? Personne ne le croira. Dès-lors, que reste-t-il? Essayer
de semer le trouble et l'agitation, d'embarrasser l'action de l'Empereur et
d'affaiblir au dedans et au dehors le sentiment que l'Europe entière a de sa
puissance, le prestige avec lequel il a tant fait depuis six ans pour la
gloire et la prospérité du pays? Mais ils ne réussiront pas. Leurs efforts
se briseront contre ces masses électorales dont le bon sens et le patriotisme
ont fondé l'Empire. Il suffira pour cela qu'elles se présentent en face d'eux
au scrutin. Expliquez bien, Monsieur le Préfet, comment ils ont posé la
question. Un de leurs journaux a dit qu'elle serait résolue par le pays,
centralisé à Paris. - Paris trompera leur espoir, et les trois cent cinquante
mille électeurs du département de la Seine ne se sépareront pas des neuf
millions d'électeurs inscrits dans les quatrevingt-cinq départements.
Rappelez à ceux qui possèdent, la sécurité que leur a
rendue l'Empire; â ceux qui travaillent, les merveilleuses conditions
d'activité qu'il leur a faites ; à ceux qui souffrent, les préoccupations
incessantes de l'Empereur pour les misères du peuple ; à tous, la situation
glorieuse et respectée qu'il a rendue à notre pays. Qu'ils viennent donc tous
dire leur sentiment sur des affaires qui sont les leurs. Ils savent bien que
l'Empire leur rend avec usure en gloire et en prospérité ce qu'ils lui
donnent en confiance et en dévouement.
Répétez-leur, Monsieur le Préfet, que leur devoir, aussi
bien que leur intérêt, les appelle au scrutin. Le recensement de leurs votes
prouvera que, si les ennemis de l'Empire ont espéré trouver un point d'appui
dans l'urne électorale, ils ont encore une fois méconnu la puissance des liens
qui unissent l'Empereur au Peuple, et calomnié le suffrage universel.
Recevez, etc.
Le Ministre de l'intérieur,
Signé : BILLAULT.
Pour copie conforme, Le Préfet de la Meurthe,
Albert LENGLE.
Document mis à jour le 01-01-2004