(Cabinet.) - Élection des Députés au Corps législatif. Nancy, le 1er
juin 1857.
LE PRÉFET DE LA MEURTHE, Officier de l'Ordre Impérial de
la Légion d'Honneur,
A MM. les Maires du département.
MESSIEURS,
J'ai l'honneur de vous adresser ci-après mon arrêté
relatif à l'élection des députés au Corps législatif. Vous trouverez à
la suite de cet acte, une instruction détaillée sur la tenue et les opérations
des collèges électoraux, ainsi qu'un recueil des dispositions de la Constitution
et des divers décrets qui régissent cette matière. Ces documents devront être
déposés, à l'ouverture de la séance, sur le bureau de toutes les assemblées
électorales, pour être consultés, au besoin, pendant la durée des opérations.
Je n'ai point à vous parler ici, Messieurs, des formalités
que vous aurez à remplir pour la formation des bureaux et la présidence des
assemblées ; cette partie de vos fonctions se trouve longuement développée
dans l'arrêté et l'instruction qui suivent. Je me bornerai à appeler de
nouveau votre attention la plus sérieuse sur l'importance de l'opération qui
va s'accomplir. J?ai eu tout récemment l'honneur de vous en entretenir de
vive voix, et, je suis heureux de le dire, vous vous êtes tous montrés entièrement
disposés à seconder les vues du Gouvernement en assurant de tout votre
pouvoir le succès de l'élection. Rappelez donc à vos administrés qu'ils sont
invités à user d'un de leurs plus beaux privilèges, en nommant les
mandataires chargés de concourir en leur nom à donner des lois au pays. Cette
grave mission, ils sont disposés, vous m?en avez vous-mêmes donné
l'assurance, à la confier de nouveau aux hommes éprouvés qui, depuis 1852,
n'ont pas cessé de travailler avec le Gouvernement à la prospérité et à la
gloire de la France. Mais il faut que ces hommes puisent dans une imposante
majorité la force morale et la confiance dont ils ont besoin. Engagez les électeurs
à se rendre tous au scrutin, et à donner, de nouveau, par la sagesse de leurs
choix et l'ensemble de leurs votes, un éclatant témoignage de leur affection
et de leur dévouement à l'Empereur. Dans une circulaire que M. le Ministre de
l'intérieur vient de m'adresser et dont vous trouverez copie ci-après, Son
Excellence résume, d'une manière remarquable, la pensée de l'Empereur, et
m'entretient de la confiance de Sa Majesté dans le bon esprit des populations.
Inspirez-vous des sentiments qu'elle exprime pour engager vos administrés à
participer à l'élection, et usez de la légitime influence que vous donnent
vos fonctions, pour obtenir un grand nombre de votes. Vous donnerez ainsi à
l'administration et au Gouvernement une nouvelle preuve de votre zèle et de
votre activité. Les opérations devant durer deux jours dans chaque commune, il
vous sera facile d'insister, au besoin, près des retardataires qui auraient négligé
de se présenter pendant la première séance.
Vous recevrez très-prochainement, avec des cadres de procès-verbaux
en double exemplaire, des cartes électorales en nombre égal à celui des électeurs
inscrits sur vos listes. Vous voudrez bien les remplir sans délai et les faire
remettre exactement aux destinataires. Aussitôt les opérations terminées,
vous aurez soin d'envoyer par la poste ou même par un exprès, à votre Sous-Préfet
(et à moi pour l'arrondissement de Nancy), le double du procès-verbal qui doit
être remis à la Commission de recensement. Il importe que cet envoi n'éprouve
aucun retard, afin que le travail de la Commission ne soit pas entravé.
Enfin, Messieurs, je compte sur tous vos soins pour assurer
la régularité des opérations, et faire apprécier au Corps électoral les
considérations qui ont déterminé l'administration dans ses choix.
En donnant un nouveau baptême à MM. Buquet, Drouot et
Viard, les électeurs de la Meurthe se montreront ce qu'ils ont toujours été :
constants dans leurs affections, intelligents dans leurs choix et sincèrement dévoués
à la dynastie Napoléonienne.
Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très-distinguée.
Le Préfet,
Albert LENGLÉ.
Cabinet du
Ministre de l'Intérieur.
Paris, le 30 mai 1857.
MONSIEUR LE PRÉFET,
aux termes de la Constitution et du décret du 29 mai, le
Corps législatif, nommé en 1852, a fini sa mission. Le pays va élire de
nouveau ses députés. L'Empereur appelle au scrutin neuf millions d'électeurs,
et leur demande à tous un vote libre et loyal. Il faut que dans cette
circonstance, pour vous guider vous-même et pour guider les autres, vous
sachiez bien quelle sera l'attitude du Gouvernement, quels principes dirigeront
sa conduite. Un Gouvernement fort et populaire dit nettement ce qu'il pense et
ce qu'il veut pour les élections, ce que veut I'Empereur, c'est la pratique
libre et sincère du suffrage universel. Les listes électorales ont été dressées
largement, libéralement. Tout ayant droit a pu s'y faire admettre - 9, 521, 220
citoyens y ont été inscrits. Au jour de l'élection, le vote sera secret, et
les scrutins seront dépouillés sous les yeux de tous. La vérité et l'indépendance
du suffrage sont donc garanties.
En présence de cette liberté assurée pour chacun, et
lorsque, candidats et électeurs, tous pourront proclamer leur préférence, le
Gouvernement ne saurait rester muet et indifférent. Il dira nettement au pays
quels noms ont sa confiance et lui semblent mériter celle des populations ;
comme il propose des lois aux députés, il proposera les candidats aux électeurs,
et ceux-ci feront leur choix.
Se prévalant d'un dévouement déjà ancien et éprouvé,
ou se ralliant avec loyauté à une dynastie qui fait la gloire et le salut du
pays, un grand nombre d'hommes éminents par leur fortune, leurs services, la
juste considération qui les entoure, ont sollicité des candidatures
officielles. Mais la France n'a pas oublié les paroles du discours du Trône à
l'ouverture de la session de 1857 : - « Puisque cette session est la dernière
de votre législature, disait l'Empereur aux députés, permettez-moi de vous
remercier du concours si dévoué et si actif que vous m'avez prêté depuis
1852. Vous avez proclamé a l'Empire ; vous vous êtes associés à toutes les
mesures qui ont a rétabli l'ordre et la prospérité dans le pays ; vous m'avez
énergiquement soutenu pendant la guerre ; vous avez partagé mes douleurs
pendant l'épidémie et pendant la disette; vous avez partagé ma joie quand le
ciel m'a donné une paix glorieuse et un fils bien-aimé ; votre coopération
loyale m'a permis d'asseoir en France un régime basé sur la volonté et les
intérêts populaires. C'était une tache difficile à remplir, et pour laquelle
il fallait un véritable patriotisme, que d'habituer le pays à de nouvelles
institutions. Remplacer la licence de la tribune et les luttes émouvantes qui
amenaient la chute ou l'élévation des ministères par une discussion libre,
mais calme et sérieuse, était un service signalé
rendu au pays et à liberté même, car la liberté n'a pas d'ennemis
plus redoutables que les emportements de la passion et la violence de la parole. »
Cet éclatant témoignage résumait six années de dévouement
: aussi, sauf quelques exceptions commandées par des nécessités spéciales,
le Gouvernement a considéré comme juste et politique de présenter à la réélection
tous les membres d'une assemblée qui a si bien secondé l'Empereur et servi
le pays.
En face de ces candidatures hautement avouées, résolument
soutenues, les candidatures contraires pourront librement se produire. On a,
dans ces derniers temps, calomnié notre législation sur la distribution des
bulletins de vote; les règles en sont cependant simples et libérales : pendant
les vingt jours qui précèdent l'élection, tout candidat qui aura soumis à la
formalité du dépôt légal un exemplaire signé de lui, de ses circulaires,
profession de foi ou bulletins de vote, pourra, sans qu'il soit besoin d'aucune
autorisation, les faire afficher, et distribuer en pleine liberté; tout électeur
qui, non content d'écrire ou de faire écrire son vote, et d'exercer ainsi son
droit individuel, voudra propager une candidature, pourra librement distribuer
les bulletins, si, sur l'un de ces bulletins légalement déposé, la signature
du candidat constate son assentiment. Certes, dans ces conditions, l'on peut
dire que l'éligible et l'électeur auront une entière liberté, l'un pour se
produire, l'autre pour exprimer son choix et le proposer à ses concitoyens. Si
cependant les ennemis de la paix publique croyaient trouver dans cette latitude
l'occasion d'une protestation séditieuse contre nos institutions, s'ils
tentaient d'en faire un instrument de trouble ou de scandale, vous connaissez
vos devoirs, Monsieur le Préfet, et la justice saurait aussi sévèrement
remplir les siens. Mais ces excès ne se produiront pas; vinssent-ils à se
produire, leur répression ne portera aucune atteinte à la liberté du suffrage
universel : trois fois sacré par lui, l'Empereur l'invoque toujours avec
confiance. Quand en 1851 et 1852, huit millions de suffrages lui livraient la
couronne et les destinées du pays, il y avait dans ce vote éclatant, cet amour
mêlé d'orgueil que la France retrouvait au fond de ses entrailles pour la
dynastie des Napoléon ; il y avait entre elle et eux le sentiment d'une
solidarité indissoluble de gloire et de malheur; il y avait aussi la peur de
l'anarchie et l'espérance d'un gouvernement fort et ami du peuple. Aujourd'hui,
c'est toujours le même prestige populaire autour des Bonaparte; mais il y a de
plus six années d'une administration féconde et glorieuse, les palmes de la
guerre et les fruits de la paix, une immense prospérité matérielle rehaussée
par un merveilleux sentiment de notre grandeur nationale. La réalité a dépassé
les espérances. De tels résultats, qui devraient convaincre et rallier tous
les esprits élevés, sont parfaitement compris par les loyaux travailleurs de
nos campagnes, par les intelligents ouvriers de nos villes. Cette masse d'hommes
laborieux, qui forme la large base du suffrage universel, a le sentiment profond
et de la préoccupation incessante de I'Empereur pour elle et des grandes choses
qu'il fait pour le pays. Appelez-les tous au scrutin, Monsieur le Préfet; ils
ont fait l'Empire, ils l'aiment, ils sauraient au besoin le défendre. Pleins de
confiance dans l'homme de leur choix, ils s'en rapportent à lui et
s'abstiendraient volontiers de prendre part aux votes que leur demande périodiquement
le jeu régulier de la Constitution; pressez-les de venir nommer leurs députés;
dites-leur bien qu'il importe de prouver encore une fois par la masse de leurs
suffrages toute la force de ce gouvernement qu'ils ont fondé. L'imperceptible
minorité des partis hostiles, si elle ose se produire, se noiera dans cette
immense manifestation populaire, et ce sera pour le monde un grand et éloquent
spectacle que celui de 9 millions d'électeurs, dans ce pays naguère si facile
à troubler, venant paisiblement, à la voix de l'Empereur, donner, pour six
nouvelles années, à leurs mandataires, la mission de le seconder fidèlement
dans ses constants efforts pour la gloire et la prospérité de la France.
Ces considérations générales vous guideront, Monsieur le
Préfet, dans la direction des opérations électorales; des instructions de détail
vous seront prochainement envoyées, et s'il se présente des circonstances spéciales,
vous aurez à m'en référer.
Recevez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération
très-distinguée.
Le Ministre de l'Intérieur, Signé : BILLAULT.
Document mis à jour le 01-01-2004