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1859 - Les enfants assistés

(2ème DIVISION.) - Enfants assistés. - Instructions.

Nancy, le 3 Janvier 1859.


LE PREFET DE LA MEURTHE, Officier de l'Ordre Impérial de
la Légion d'honneur, Commandeur de l' Ordre de Saint-Grégoire-le Grand,


A MM. les Maires du département, présidents des comités
de patronage des enfants assistés.


MESSIEURS,


Au moment où la surveillance des enfants assistés, placés
à la campagne, est confiée tout particulièrement par mon arrêté du 14
juillet 1858, au zèle et aux soins des comités de patronage, je crois utile de
vous donner à ce sujet quelques instructions, et de vous signaler les irrégularités
qui existent dans ce service et qu?il est de votre devoir de faire cesser.


J'ai remarqué, Messieurs, que certains nourriciers d'élèves
de l'hospice âgés de moins de 12 ans ont l'habitude de donner les livrets de
ces enfants en garantie des fournitures que leur font leurs bouchers, boulangers
et autres commerçants.


Ce mode d'agir est contraire au bien du sevice.
L'inspecteur des enfants assistés, en se présentant chez les nourriciers, doit
y viser les livrets des élèves afin de s'assurer de l'identité de ces
derniers, de l'exactitude apportée dans le payement de leur pension, etc.; si
les livrets ne peuvent lui être présentés, ce fonctionnaire ne peut retirer
de sa visite tous les renseignements dont il a besoin, s'assurer si les enfants
ont été vaccinées, etc. Veuillez donc, Messieurs, inviter les nourriciers à
s'abstenir dorénavant de donner les livrets en garantie à leurs fournisseurs;
ils doivent toujours les conserver près d'eux et les présenter, à toute réquisition,
soit à vous-mêmes, soit à MM. les membres des Comités de patronage, soit
enfin à M. l'Inspecteur du service.


Parmi les nourriciers, il en est un certain nombre qui se
permettent, de leur propre autorité et sans en prévenir l'administration, de
placer en domesticité, à leur profit personnel, des enfants qui leur sont
confiés. Ces actes arbitraires présentent de graves inconvénients: vous
devez, Messieurs, de concert avec les membres des Comités, veiller à ce que
les élèves de l'hospice qui se  trouveraient
dans ce cas, rentrent immédiatement chez leurs nourriciers, et que dorénavant
les enfants ne soient point déplacés sans mes ordres ou ceux de la Commission
administrative de l'hospice dépositaire; vous devez aussi rappeler aux
nourriciers leurs devoirs et leur faire connaître qu'ils sont responsables des
élèves dont ils se sont chargés, à partir du jour où ils les ont reçus de
l'hospice.


Je dois ici appeler votre attention sur la délivrance des
certificats de moralité dont les nourriciers doivent être munis pour demander
des enfants en pension.


Pour les rédiger, vous devez vous entourer de tous les
renseignements possibles, et vous, assurer par vous-mêmes de la moralité ainsi
que de la position de la fortune des demandeurs, l'avenir des enfants dépendant
le plus souvent de leur première éducation, vous comprenez, Messieurs, la
grande responsabilité qui pèse sur vous à ce sujet. L'administration attend
donc dorénavant les renseignements les plus précis sur la moralité des
nourriciers, et vous devez faire vos efforts pour que ces derniers tiennent à
bonheur de justifier la confiance que l'administration a mise en eux.


Il est aussi arrivé, Messieurs, que des personnes
auxquelles vous aviez délivré de bons certificats, ont remis ces attestations
entre les mains d'individus auxquels vous n'auriez pas cru devoir accorder la même
faveur : quelques-uns de ces derniers, munis de ces pièces, se sont présentés
alors à l'hospice Saint-Nicolas où, dans l'ignorance de ce qui s'était passé,
on a cru devoir, sans inconvénient, leur confier les élèves qu'ils désiraient
prendre en pension. 


Afin d'éviter le retour de pareils abus, vous voudrez
bien, Messieurs, donner dorénavant et autant que possible, sur les certificats
que vous délivrerez, le signalement des personnes qui en seront l'objet et qui
devront les présenter à l'hospice.


D'un autre côté, je suis informé qu'un assez grand
nombre de personnes d'une bonne moralité se chargeraient volontiers de
l'entretien d'enfants assistés si elles y étaient engagées, soit par vous-mêmes,
soit par MM. les Curés.


Je vous prie, Messieurs, de bien vouloir, de concert avec
les membres des Comités, engager les personnes qui se trouveraient dans ce cas
et dans lesquelles vous auriez toute confiance, à ne pas hésiter de s'adresser
à l'hospice pour obtenir le placement, chez elles, de quelques élèves:
l'administration s'empresserait d'accueillir favorablement les demandes que les
Comités lui recommanderaient tout particulièrement.


Vous devez comprendre, Messieurs, que l'augmentation du
nombre des nourriciers ne peut être que favorable aux enfants, car plus ce
nombre sera grand, plus l'administration pourra choisir de bons placements et
par conséquent plus s'améliorera le sort des enfants confiés à l'assistance
publique.


A cette occasion, je me suis aperçu avec peine, Messieurs,
que quelques-uns d'entre vous ne veulent point voir d'élèves de l'hospice placés
dans leurs localités,  et qu'au lieu
d'engager les nourriciers à se charger de ces enfants, ils les en détournent
par tous les moyens en leur pouvoir, et que d'autres montrent une coupable
apathie au sujet du sort de ces malheureux, à qui l'administration tient lieu
de famille.


Cette conduite, Messieurs, manque entièrement de charité
et je compte qu'il m'aura suffi d'un simple 
avertissement pour que dorénavant, je n'aie qu'à me louer du zèle que
vous apporterez dans cette partie du service.


Il est venu à ma connaissance que, sans être 
gravement malades, quelques enfants de l'hospice auraient besoin d'être
visités par les médecins et de suivre un régime particulier.


Lorsque le cas s'en présente, recourez immédiatement,
Messieurs, à l'intervention des hommes de l'art, appelez les médecins
cantonaux et faites délivrer aux enfants les médicaments qui seront ordonnés
par ces praticiens: vos fonctions vous en font un devoir, la charité vous le
commande.


Quant aux enfants de 12 à 21 ans, cette partie du service
est toujours en souffrance. Un grand nombre d'entre eux changent de nourriciers
sans que j'en sois informé, et la plupart d'entre vous, Messieurs, négligent
de m'adresser les tableaux relatifs au mouvement de ces élèves, réclamés par
mes circulaires des 15 juillet 1856 et 31 mars 1857, insérées au Recueil
administratif. J'appelle de nouveau votre attention sur ce point. Veuillez,
Messieurs, vous reporter à ces instructions et m'adresser à l'avenir, très-exactement,
au 30 juin et au 31 décembre de chaque année, les tableaux dont j'ai besoin.


Telles sont, Messieurs, les instructions que je crois
utiles de vous donner. Je vous serai obligé de les communiquer à MM. les
membres des Comités de patronage et de les engager à s'y conformer exactement.
Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très-distinguée.


Le Préfet, Albert LENGLE.

Document mis à jour le 01-01-2004
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