Séance du Comité central de Vaccine.
M. le Préfet du département de la Meurthe a réuni, le 18 mars 1825, le comité central de vaccine du département, pour mettre sous ses yeux le tableau des vaccinations opérées eu 1824. Après avoir fait connaître l'objet de la réunion, il a
invité M. le docteur Serrières, secrétaire du comité, à lire le rapport
qu'il avait préparé à cet effet.
On a vu par ce rapport, que la petite vérole s'était manifestée
sur plusieurs points du département en l'année 1824 ; elle y a été
introduite par une étrangère logée par charité à son passage dans une
commune, et qui avait avec elle un enfant atteint de cette cruelle maladie. De
cette commune, la petite vérole s'est bientôt propagée dans plusieurs autres,
et c'est principalement dans la ville de Nancy qu'elle a frappé un plus grand
nombre d'individus de tout âge et de tout sexe.
M. le docteur Serrières a payé à M. le maire de cette
ville le tribut de reconnaissance qui lui est dû pour le zèle et les soins
qu'il a mis à propager la vaccine dans cette circonstance, et c'est en grande
partie à la peine qu'il a prise de se rendre lui-même avec le vaccinateur
dans les écoles publiques et les maisons des orphelins, que sont dûes les
vaccinations en grand nombre qui se sont faites à Nancy.
L'irruption de la petite vérole dans la ville de Nancy a
fourni aux médecins distingués qui s'y trouvent , l'occasion d'examiner de
nouveau la marche de cette maladie et les effets de son préservatif, et de
leurs observations il est résulté des preuves nouvelles et incontestables,
qu'aucun des sujets qui ont été vaccinés et sur lesquels la vaccine a eu son
entier développement , n'avaient pu gagner la petite vérole soit en les
faisant habiter avec les variolés , soit en leur inoculant mème le germe de
cette cruelle maladie, de plus , des mères de famille qui ont été atteintes
de la petite vérole ont allaité leurs enfans qui avaient été vaccinés ,
sans leur communiquer la variole.
M. le docteur Serrières n'a point oublié de faire mention
des secours que l'administration a trouvé dans le concours de MM. les ecclésiastiques
de ce diocèse qui, dans tous les temps, ont réuni leurs efforts à ceux des
autorités pour vaincre la répugnance de quelques familles à profiter d'un préservatif
qui est un bienfait de plus de la Providence, qui veille sur nous.
Il a aussi fait connaître que M. le marquis de Pange avait
pris des mesures, de concert avec MM. les chefs des régiments en garnison dans
le département , pour que tous les soldats qui n'avaient pas été vaccinés ,
le fussent.
Le nombre des naissances en 1824 a été de 12 367 individus ;
celui des individus vaccinés fut élevé à 15 243 , et le nombre des individus
qui ont eu la petite vérole à 620 ; 46 en sont morts ; 6 en sont restés
estropiés.
On doit des éloges à un grand nombre de MM. les vaccinateurs
qui ont, pour la plupart, répondu à la confiance de l'administration; mais on
ne doit point laisser ignorer la charité avec laquelle les soeurs hospitalières
de la ville de Nancy ont soigné les variolés qui , se trouvant presque tous
dans la classe indigente, ont reçu dans cette circonstance de nouveaux témoignages
de l'action et du pouvoir de la religion sur les âmes charitables.
M. le docteur Serrières a fait connaître aussi au comité
que MM. Nollet , officier de santé à Nancy et Burckardt , médecin à
Sarrebourg, avaient obtenu du gouvernement des médailles d'argent pour les
vaccinations qu'ils ont faites en 1823.
Indépendamment des indemnités qui ont été accordées à
MM. les vaccinateurs , sur les fonds communaux qui y sont destinés, il a été
distribué des marques particulières de distinction à neuf d'entre eux qui ont
déployé un zèle plus spécial. Ces vaccinateurs sont MM. Tournay de Vezelize,
Burckardt de Sarrebourg, Nollet de Nancy, Goeury de Lunéville , Toussaint de
Saint-Nicolas, Zugmayer de Château-Salins, Vimart de Pont-à-Mousson, Fleurot
de Lorquin, et Vauthier de Nomeny.
En terminant son rapport , M. le docteur Serrières a rappelé
au comité, la sollicitude que M le vicomte de Villeneuve a toujours mis à
propager la vaccine, et il a saisi cette occasion pour se rendre l'interprète
des regrets qu'a causé son départ aux habitans du département de la Meurthe
, en les félicitant toutefois d'avoir retrouvé dans M. le marquis de Foresta,
un administrateur qui , comme M. le vicomte de Villeneuve , n'a de plus grand désir
que celui de contribuer de tout son pouvoir à tout ce qui peut améliorer la
situation du département dont l'administration lui est confiée.
Après quoi , MM. les membres du comité ont exprimé tout
l'interêt que leur avait fait éprouver le rapport qu'ils venaient d'entendre
et se sont séparés en faisant des voeux pour que les sages mesures prises par
l'administration pour éloigner du département le fléau de la petite vérole,
aient toujours d'heureux résultats.
Document mis à jour le 01-01-2004